Mots-clés

Dubaï, ce n’est pas une ville, c’est un chantier, un mirage doré pour certains, un refuge temporaire pour d’autres.

C’est l’histoire d’un cheikh qui, privé de la manne du pétrole contrairement à son voisin d’Abu Dhabi, a décidé de faire surgir du sable une ville de plaisirs et de superlatifs.
A Dubaï, il y des tours ultramodernes – la plus haute du monde qui culmine à 828 mètres – et des îles artificielles. Le seul hôtel 7 étoiles de la planète et des centres commerciaux gigantesques. On peut y faire du ski, jouer au hockey ou nager avec des requins dans un aquarium géant. On peut vivre en plein désert dans des oasis de verdure placées sous constante perfusion aquatique pour éviter la mort sèche. Qu’on soit touriste ou expatrié, la principale raison d’être dans ce paradis semble être celle de consommer et d’exhiber. Jamais je n’ai vu autant de voitures de grand luxe circuler dans des rues qui ont l’air parfois de pistes de course. Même si officiellement, on ne paye pas de taxes à Dubaï, les prix pour la grande majorité des marchandises sont fixés par le gouvernement comme dans un Etat communiste et on a donc beau faire le tour des magasins pour trouver le plus bas prix, il sera le même partout et parfois bien au-delà des tarifs pratiqués en Amérique du Nord. Mais perdure quand même à l’étranger le mythe de Dubaï « tax free good bargain ».
La vieillesse n’est pas de mise ni admise à Dubaï où les trentenaires sont rois. « Venez, travailleurs du monde entier, construire notre rêve (certes écorné par la crise économique mondiale) mais n’oubliez surtout pas de repartir ». Quel étranger de toute façon rêve de finir ses jours à Dubaï? Même les Indiens que j’ai rencontrés, des ouvriers, des employés installés depuis des années dans cette ville ou des commerçants qui y sont parfois nés, font la moue quand on leur demande « Et Dubaï, vous aimez? ». Ils rêvent de retourner dans leur Inde chaotique, pauvre et sale, mais où ils sont chez eux, ils rêvent d’obtenir un passeport américain, canadien ou européen qui reste pour eux l’El Dorado. Car la nationalité ne se vend pas à Dubaï. Même si vous y êtes nés, vous restez Indiens, Iraniens ou Egyptiens. Et si vous voulez faire venir votre vieux père, il n’aura droit qu’à un visa d’un mois, à moins que vous ne réussissiez à prouver que vous êtes son seul soutien financier, ce qui n’est pas toujours facile.
Mais Dubaï, c’est aussi un refuge de « liberté ». Dubaï, c’est un peu l’Amérique pour des Arabes du Levant ou du Maghreb victimes chez eux de discrimination du fait de leur confession, de leurs origines sociales, ou de leur orientation sexuelle. A Dubaï, on vous engage pour vos compétences ou tout simplement parce qu’on a besoin de quelqu’un immédiatement, peu importe votre tribu, votre clan, votre caste, votre parti. Une Egyptienne divorcée peut gagner convenablement sa vie et élever seule ses enfants sans que personne ne trouve rien à redire. Des Libanais homosexuels peuvent vivre en couple dans l’anonymat sans craindre les commérages des voisins qui, comme en Occident, ne se fréquentent pas. Tant qu’on reste discret, on peut presque tout faire à Dubaï.

Quant aux Emiratis, ils ne comptent que pour environ 17% de la population. La cohabitation avec ces étrangers n’est pas toujours aisée,  mais c’est le prix à payer pour leur prospérité. Ils sont logés dans des quartiers, des villes, où les étrangers ne peuvent ni acheter ni louer, leur électricité et leur eau sont subventionnées par l’Etat, ils sont rentiers ou ils occupent des postes administratifs dans les monopoles d’Etat (électricité, eau, téléphone), les hommes fréquentent les cafés de narguilé et parfois les bars, ils sortent en famille ou entre amis dans les cinémas, préférant les séances nocturnes. Ils ont gardé cette habitude du désert de vivre la nuit pour s’épargner les affres d’un soleil cuisant. Bref, ils ne se mêlent guère aux étrangers, Arabes ou pas, ils restent entre eux, ils sont différents et marquent notamment cette différence en portant fièrement leurs habits traditionnels, abaya pour les femmes, dishdasha pour les hommes.

Publicités