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L’une des choses remarquables de Dubaï aux yeux des étrangers, c’est la propreté des lieux publics. Le métro reluit comme au premier jour – il est vrai pas si lointain puisque le métro date de 2009 – même s’il transporte chaque jour des milliers de travailleurs immigrés. Dès l’aube, des hordes d’Indiens armés de balais à sable et de « chasse-poussière » se déploient dans les rues de la ville, sous le regard inquisiteur de caméras de surveillance. Pas un papier qui traîne, pas un graffiti qui souille les murs. Enfin, c’est ce que je croyais jusqu’à ce que je tombe sur un article de la presse locale faisant état de la manie très gênante de certains de s’exprimer dans les toilettes de la plupart des mosquées de Dubaï et de Sharjah, l’émirat voisin, que fréquentent des Arabes, mais aussi et surtout des Pakistanais, des Indiens ou des Bengalis.

Ce ne serait pas gênant bien sûr s’il s’agissait de graffitis à la gloire d’Allah. Mais comme les hommes sont les mêmes partout et encore plus dans un cabinet d’aisance – qui fait perdre à certains tout sens du sacré -, on y fait l’éloge de la fornication sous toutes ses formes, avec dessins à l’appui pour les plus ingénus. Et une toilette publique n’en serait pas une sans graffitis racistes ou haineux, que le journal s’est refusé à reproduire. En gros, les Indiens invitent les Pakistanais qui occupent le Cachemire à « dégager », et les Pakistanais invitent les Indiens qui occupent le Cachemire à « dégager ». Un message en hindi donne le numéro de téléphone à composer pour rejoindre les rangs d’Al-Qaïda. Et on apprend dans la toilette d’une mosquée de Sharjah que Ben Laden est vivant et en bonne santé.

Les autorités n’ont pas prévu pour le moment d’installer des caméras dans les toilettes mais de renforcer les équipes chargées d’effacer les graffitis qui sont débordées par l’ampleur du phénomène.

En terminant, juste un mot sur les photos qui accompagnent ce texte: celle ci-dessus montre un éphémère graffiti sur le panneau d’un chantier de construction à Dubaï alors que les deux autres ont été prises dans le quartier de Hamra, à Beyrouth. Sur l’image ci-dessous, il est écrit en vert: « combats le viol ». Quelqu’un a ajouté au stylo en dessous: « combats le toi-même et nous te suivons »….

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